Obsolescence programmée

Et merde ! je me suis dit en apercevant la maréchaussée me faire signe de parquer ma guimbarde sur le bas-côté, derrière leur tire. En me maudissant d’être passé par là plutôt qu’ailleurs par là-bas.
« Papiers d’identité, permis, assurance et carte d’obsolescence programmée, siouplaît, et plus vite que ça. » dit le sous-brigadier, l’œil mauvais de celui qui a le mauvais œil, qui le sait et en use pour asseoir son pouvoir de petit chef aux ordres et à la botte de son supérieur hiérarchique, le brigadier-chef, dont l’autorité et la considération prendraient un coup dans l’aile s’il exerçait son apostolat dans le premier gros bourg venu.
« Les papiers gras aussi ? » je lui dis en lui remettant les officiels et les autres, immondes, du bout de mes doigts graisseux jusqu’au bout des ongles d’avoir pioché permis et assurance dans le vide-poche bourré de saloperies : vieilles frites rancies, bout de saucisson à l’ail, quignon de pain rassi fourré d’un morceau de Maroilles qui connut des jours meilleurs l’hiver dernier. C’est l’été, une fournaise !
— La carte d’obsolescence, siouplaît, vite fait, et pas de discussion.
Il affiche un air triomphant lorsqu’il la parcourt de l’œil averti de celui à qui « on ne la fait pas » en se disant que son QI et son flair mériteraient largement que ce soit lui le chef. Sûr que ça va barder pour le matricule du quidam qui rechigne à lui remettre la trop fameuse carte.
— Chef, chef ! on en tient un. Plus que quèques zuns et on a notre quota.
Le chef se pointe, sort son arme, la pointe sur moi et, faisant feu sans plus attendre, me fera feu juste le temps de penser que je trouve bien dommageable d’être passé par là plutôt que par ailleurs, et le temps qu’il faut au brigadier-chef  pour expliquer à son subalterne que, même si ses bourdes ne sont pas catastrophiques, il devra tout de même apprendre à ne pas confondre 2014 et 2041 (ma date d’obsolescence programmée).

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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