Une forêt plus riche en essences que l’OPEP

Ma forêt.

Elle abrite : un saule rieur pour y faire d’amusantes siestes à l’ombre et au sec ; un peuplier raides comme la justice dont je tirerai quelque bonne règle ; un frêne pour ralentir le temps ; un hêtre philosophe qui se pose des questions sur l’existence ; un poirier sauvage dont les racines boivent les nuages ; des orangers dérangés qui s’arrangent en rangées ; des palmiers aux pieds palmés ; un abricotier pour y ancrer en toute sécurité ma pirogue en fromager ; un boulot à l’entrée de ma petite scierie, un autre à la sortie ; un baobab acheté à Baboa, un patelin inventé où on joue aux indiens, et où s’ébat mon boa Bob ; un châtaignier séculaire au courant de tout dont la sève donne du 220 volts ; un cacaotier où aime à se percher mon cacatoès ; un chêne liège qui commence à avoir de la bouteille ; un églantier pour ses fruits dont je fais d’excellentes tisanes ou des facéties de gamin ; des fromagers pour y tailler mes pirogues ; un guimauvier qui me donne de beaux marshmallows à manger crus dès qu’ils sont mûrs, ou cuits s’ils ne le sont pas ; du houx un peu partout, je ne sais où ; du gui que je coupe à la serpe pour la saint Sylvestre ; un lilas pour mon amie Lola de Lillehammer, marteau de ses fragrances ; des acacias pour leurs fleurs et le miel qu’en feront les abeilles si elles recouvrent la santé ; un tilleul pour l’aïeule ; un marronnier d’Inde pour le plouf que font les marrons lorsqu’ils tombent dans la mare aux niais que j’ai nommée ainsi parce que mes dindes y vont (mes trois beaux canards aussi, qui s’en vont baignant) ; quelques nougatiers achetés chez un arboriculteur du couloir rhodanien, côté Provence ; un cèdre si solide qu’il ne cédera jamais ; une allée d’ifs à l’entrée de mon château ; des sapins sur les lopins distants où gambadent mes lapins ; un plane sur mon aérodrome privé ; un pin parasol contre les coups de foudre (très haut, il fait paratonnerre) quand je profite de son ombrage en galante compagnie ; un anacardier pour ses noix ; un noyer pour les siestes migraineuses que j’y fais lorsque le bruit lointain de machines me prennent la tête ; un aloès à l’ouest ; un genévrier et ses fruits que dévore mon jeune lévrier en février surtout, lorsqu’il est enrhumé (l’année passée, j’ai trouvé plusieurs fois le jeunet vrillé autour de l’arbre, à japper tant et plus à cause des aiguilles piquantes) ; six troènes que j’ai maladroitement brûlés un jour où j’ai voulu les débarrasser d’une invasion d’insectes avec de l’eau de Javel, remède conseillé par un mauvais conseiller, chef de file d’un lobby de l’industrie chimiste ; offert il y a longtemps par une amie mormone, un énorme orme hors normes, ni mort ni morne, malgré son vieil âge ; un teck pour voir si son bois vaut celui du fromager ; un gaufrier à l’ombre des arbres à sucre (les érables) ; un palétuvier rose ; un camphrier au cas où mon lévrier, vieillissant, soit atteint de bronchite chronique ; un hévéa pour y faire des exercices d’assouplissement ; des bambous que mettent à sac mes pandas ; des eucalyptus que ratiboisent mes koalas.
Sans compter les tecks, ébènes, mélèzes, poivrier, pruniers, épicéas, platanes, douglas, pins cembro, séquoias, thuyas, caroubiers, vanillier, sorbiers, jujubier, prunus et j’en passe.
Plus des lauriers que, pour une telle forêt, je mérite largement.
Mais vrrrrrrrrrrrrr hurlent les tronçonneuses aux confins de ma petite Amazonie.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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