Le calendrier perpétuel : une arnaque

Avec l’invention du réveil, ses poules qui picorent au bruit énervant du tic-tac, ses sonneries intempestives, je pensais que l’humanité avait touché le fond de la bêtise et atteint les sommets de l’inutile, mais c’était sans compter sur l’invention du calendrier, surtout le calendrier perpétuel qui remporte tous les trophées.

Becquetées par des gallinacés voraces, les secondes s’égrènent au rythme des fléaux qu’agitent frénétiquement des cul-terreux. Leurs visages ravinés par le temps et avinés par la bibine, ils s’échinent pour le pain quotidien que le bon dieu ne livre plus depuis un bail. Faut dire que, battre le blé, ça réchauffe. Pressées comme s’il y avait urgence, les minutes et les heures font une ronde incessante, sans crainte que ne pètent les rouages du temps, qui se nourrissent du rien.
Mes réveils, horloges, montres et autres idioties censées me prévenir que ma durée de vie –limitée–, s’amenuise, ont rejoint le néant. Un traitement au TNT les a anéantis, sans toutefois me rendre immortel (j’étais au fait des aboutissants), et tant mieux.
C’est en m’interrogeant sur le nombre de secondes, minutes, heures, jours, mois et éventuellement années qui m’étaient encore octroyées que je me suis rendu compte à quel point j’avais été naïf d’avoir, pas plus tard qu’hier, acheté un calendrier perpétuel sans avoir fait le moindre calcul de rentabilité. Investir dans un tel achat lorsqu’on est jeune peut se comprendre, si on pense au nombre de fois où on aura à tourner les pages. Mais d’avoir survécu à soixante-dix hivers, ce qui est mon cas, aurait dû m’inciter à plus de circonspection en terme d’investissement ; car qu’en sera-t-il de l’amortissement de mon achat si je meurs à l’instant ? N’aurai-je pas l’impression de m’être fait arnaquer par un vendeur peu scrupuleux ? En supposant que, par erreur, j’atteigne le double de l’âge canonique, par rapport au prix qu’aura payé un jeunot de vingt ans, j’aurai tout de même surpayé ce stupide calendrier perpétuel.
C’est décidé : je vais lui prodiguer les mêmes soins qu’à mes réveil, horloge et montre. Un petit agenda le remplacera et fera largement l’affaire pour y noter les dates d’échéances de mon assurance vie et autres broutilles.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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