Un trou, rien qu’un trou

Quand je me suis réveillé, il faisait nuit noire. J’ai cru un instant que c’était parce que j’étais mort. L’instant d’après, je me suis dit que, si je pouvais penser, c’est que j’étais bel et bien vivant. Puis je me suis rappelé avoir appris que, même après la mort, on peut penser. Pour preuve, les vivants qui parlent avec les morts, et vice-versa, même avec ceux qui le sont depuis longtemps. Bref, pas si sûr que je sois encore vivant.
La lumière ! me suis-je dit en cherchant à tâtons l’interrupteur. Mes doigts fébriles n’ont trouvé que le vide et le néant, qu’on ne trouve qu’au royaume des morts, c’est connu. Je me suis alors rappelé que, la veille, j’avais décidé d’aller dormir à la belle étoile, raison donc pour laquelle je n’avais pu trouver l’interrupteur. L’évidence même.

La nuit, ce ne sont pas les étoiles qui manquent. Levé le nez au ciel : rien. Quand m’est revenu un Jité d’il y a peu où ils avaient parlé d’une éclipse. Qui dit éclipse, dit fraîchissement de la température. Il fait doux, pas loin de faire chaud. Puis je ne vois pas en quoi une éclipse nocturne pourrait refroidir sufisamment l’atmosphère pour qu’on s’en rende compte. Et une éclipse de quoi ? je me demande.
Toujours est-il que je n’y vois goutte. Le noir total. Mais dû à quoi ? La nuit ? Une éclipse totale du soleil en plein jour ? Les deux à la fois, idée que j’avoue être plus ridicule que saugrenue.
Tendons l’oreille, me dis-je. La nuit portant conseil, je devrais pouvoir en saisir un au vol. Mais c’est le silence. Absolu. Aucun bruit, ni là, ni ailleurs, ni dehors, ni dedans. J’ai beau avoir l’impression de sentir mon coeur battre, je ne l’entends pas.
Pose la main dessus tu le sentiras battre, me dis-je. Le vide. Soit ma main ne répond pas, soit mon sens du toucher ne fonctionne plus, soit je n’ai plus de main, soit encore j’ai égaré mon thorax, ou pire, je n’en ai plus. L’autre main ne fait pas mieux.
Je ne sais plus quoi penser. J’ai un trou de pensée. Béant.
Lorsque l’évidence me saute aux yeux que je sais tout à coup ne plus avoir : je ne suis plus qu’un trou.
Profond ? Comment voulez-vous que je le sache ?

Publicités

A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
Cet article, publié dans étrange, bizarre, est tagué , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.