On m’oubliera. Vous aussi on vous oubliera

Il y a des gens qu’on ne peut pas oublier. On les voit une fois, des fois moins que ça, et hop, on les a dans la tête. Et peu importe les moyens qu’on se donne pour les effacer de notre mémoire, c’est peine perdue, on n’y arrive pas. Même en dépensant des fortunes au bistrot.
Je ne fais pas partie de ces gens. Mon inexistence est telle que, si je n’étais pas moi, je m’élèverai une statue pour glorifier ce néant sans relief qui caractérise ce que je vis survis. Inexistence qui n’est autre que le reflet de ma personnalité. Je n’ai aucune personnalité, et c’est bien cette absence totale de personnalité qui fait que je suis moi, pas un autre. Et quel moi ! Un moi inimitable, taillé sur mesure, et qui me va comme le gant d’une main droite sied à un pied gauche. Parlant de n’importe qui d’autre que moi, et sachant la complexité du pied, je trouverai ridicule de dire de quelqu’un qu’il est bête comme ses pieds. Mais le dire à mon propos est fort à propos.
Il y a des gens qu’on a tout intérêt à oublier. Dont je fais partie. Aujourd’hui, avec toutes les infos qui nous sont infligées, occuper de l’espace mémoire pour y caser du vide ne présente strictement aucun intérêt. M’imaginer me rappeler ce peu que je suis et à quoi je ressemble m’est impensable, d’autant plus impensable que mes seules pensées sont celles que j’ai coupées dans le jardin de la voisine. Des pensées d’un beau noir qu’on les dirait venues d’Afrique. Pas celle du nord, vous comprenez.
Et n’allez surtout pas imaginer que s’oublier soit un signe d’altruisme ou qu’il s’agisse de privilégier les autres au détriment de soi, comportement qui revient à peu de choses près à se pisser dessus.

Mais ne nous y trompons pas : ce je et ce moi apparemment singuliers ne sont qu’un leurre, un voile qu’il  suffit de soulever pour y reconnaître celui avec qui vous partagez votre vie : vous. Ou moi, qui sommes si proches qu’on peut se demander comment la xénophobie ou le racisme ont pu être inventés puis prônés en tant que véritables institutions.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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