De l’utilité sans borne (téléphonique) du téléphone

L’heure qu’il est ailleurs, lorsque je téléphone ailleurs, m’importe si peu que je n’hésite pas à passer mes coups de fil à n’importe quelle heure. Du coup le téléphone des personnes que j’appelle sonne aussi à n’importe quelle heure. Alors je ne vois pas où est le problème.
Le problème, en supposant qu’il y en ait un, c’est de savoir ce que je vais bien pouvoir raconter, une fois débités les « allo ! »  dont la seule raison d‘être est de se faire mutuellement savoir que l’on est au bout du fil.
Autant, il y a encore quelques années, demander le temps qu’il fait là-bas ailleurs présentait un intérêt, autant aujourd’hui, avec Internet qui nous dit tout du temps, de l’heure à laquelle on va allumer le barbecue et quel pinard le tonton il s’est enfilé pour se mettre un tel coup de mou, preuve par l’image sous les yeux, ça ne présente plus aucun intérêt.
Ce qui ne me gêne en rien pour demander au pote à qui je bigophone s’il pleut, s’il y a du soleil, s’il tombe des grenouilles où s’il fait un froid de canard à ne pas mettre un chien dehors. Ce qui permet de passer du coq à l’âne en demandant des nouvelles du chien, une saloperie de clebs dont on à rien à faire, mais c’était pour faire plaisir aux enfants, vous savez bien. Et les enfants, ils vont bien ? Le p’tit dernier ? Tu parles, le petit dernier, c’est sur ses 35 berges qu’il va. Même qu’il y va vite. Et un peu trop vite. Au point qu’il s’est encore enquillé avec la bagnole. Pas la sienne, au gamin, mais la SIENNE, à lui mon pote à qui je téléphone, et que son tas de tôles froissées met dans tous ses états.
La santé y passe, le pognon y passe, la politique y passe, les histoires de cul aussi –c’est du pareil au même–, de plus en plus rares après avoir été de moins en moins en moins fréquentes au fur et à mesure que s’arrachent les pages des éphémérides. Et toi, tu vas bien ? Me demande-t-il pour meubler et remplir le vide dont la densité prend des proportions gênantes.
Pas couillon, j’enregistre toujours les conversations. Je n’ai plus qu’à faire défiler les platitudes dont le pote m’a abreuvé. Des fois, il lui arrivera de trouver que j’ai une drôle de voix. T’es sûr que tu vas bien ? Me dit-il, trouvant ma voix bizarre. Si, si, t’as une drôle de voix, insiste-t-il. Mon psy, qui s’y connaît question cinoche, il parlerait de projection en m’en narrant le pourquoi pendant une séance mieux vendue qu’une place de ciné ; moi je raccourcis en parlant de simple connerie, mais avec mon pote, je me la ferme. Comme lui. On ne téléphone pas pour se dire des choses qui valent le coup d’être dites, mais pour ne rien dire et pour faire marcher le commerce des fournisseurs d‘accès (à quoi ?), que sans lui, le monde ne tournerait vraiment pas rond.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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