Chaussures et cadeaux de Noël

Bientôt Noël.
Le père Noël il est bien gentil, mais c’est quand même un vieux con. Je sais pas si c’est l’âge, mais ça m’étonnerait pas, parce que moi-même, c’est pas que je me trouve plus con qu’avant d’ânée d’année en année, mais les autres ils m’y disent. Pas à moi en direct, mais entre eux, en indirect. Il est con, je les ai entendu dire. C’était de moi qu’ils parlaient, je vois pas de qui d’autre ça pouvait être qu’ils causaient. Comme le père Noël est vachement plus vieux que moi, ça m’étonnerait bigrement qu’il soit pas plus con que moi.
Pour dire : l’an dernier, comme je suis prévoyant, j’avais commandé, à cause que c’était l’année d’avant celle de l’année en cours que le pape a dit que c’était une Année Sainte Extraordinaire, j’avais commandé une canne à pêche avec une gaule, c’est normal vu mon âge, pour gauler les poissons, pas les pêches. Je l’entends qui débaroule par la cheminée, je me cache. C’est que le père Noël il aime pas tant qu’on le voie.
Il repart. Je file fissa sur mes charentaises que j’ai mises exprès là pour qu’il comprenne que c’est là qu’on met les cadeaux, c’est comme ça qu’on fait, qu’ils soient pas intervertis. Je regarde. Cornegidouille, c’est quoi t-est-ce c’que j’vois ? Un tas de baguettes de plastique, des grosses, des petites, des encore moins grosses qu’on dirait des roseaux, mais c’en est pas. Sur une des grosses, y’a un moulinet et tout le zinzin habituel, vous en feriez quoi, vous ? Bref, je veux bien que c’est une canne à pêche, mais en mille morceaux.
Germaiiiiiine, que je braille comme un aveugle, tâche moyen de voir si le décati il serait pas encore dans les parages, m’est avis qu’il y a erreur de livraison.
Elle y va, elle le voit pas. Je le vois pas, qu’elle me dit. L’a dû partir. Ben voyons, je lui dis, c’te blague.
Plus tard, l’été qu’avait suivi, donc l’été dernier, la Lulu y avait trouvé son bonheur comme piquet de tente, que le sien il avait vécu. Les baguettes on y avait gardé au cas où, qu’a jamais eu lieu. Lulu, c’est la belle fille, la femme au René. Une belle fille, tout et pas bête. Elle m’avait expliqué, pour la canne à pêche, comment c’est qu’il aurait fallu faire, qu’il y avait pas eu erreur de livraison, et que j’étais un gros con. C’est du pliable télescopique, elle avait dit en montrant comment faut s’y prendre sans tirer comme un dératé à cause que sinon les ressorts pètent avec aussi les élastiques. Les gamines, faut voir comment ça vous parle, à c’t’heure. La tente, c’est que c’est pas tant grand chez nous.

Pour ce Noël, je m’ai acheté des grandes chaussures de clown. 80 centimètres j’ai mesuré avec le mètre de couturière de Lulu. Elle l’a sorti pour sa couture hier, qu’on était jeudi, le jour où elle reprise ce qu’il faut repriser, que le travail aux champs, on peut pas dire qu’on y use pas sa culotte et sa chemise. Au père Noël, cette année,  je lui ai demandé une queue de billard et des boules tout pareil. La mienne a tellement gauchi que le seul moyen de taper dans une boule c’est de taper à côté. Les pompes de clown, j’ai pas trouvé plus grand, mais comme y en a deux, ça fera bien l’affaire. Pour le billard, on verra à Noël prochain, pas çui-là mais çui d’après.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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