Ultime vérité

Nul n’ignore que l’on sait des choses qu’on ignore savoir, peut-être parce qu’une prudence malvenue nous dicte de feindre de ne pas les savoir. Une connaissance infuse mijote dans notre marmite, mais par crainte de nous brûler les doigts et les ailes, par peur d’être inconvenants et de déplaire, nous fermons hermétiquement le couvercle avant de laisser nos pensées convenues continuer à faire loi et autorité, les laissant nous mener par le bout du nez.. Nous ne manquons pas d’imagination : nous l’étouffons, laissant pires que nous tenir la barre de nos destinées.
La quête d’un confort matériel (reposant sur le pillage des ressources naturelles) nous a fait devenir de bons toutous qui se satisfont des os qu’on leur donne à ronger : autos plus ou moins mobiles (youpi, elles voleront bientôt !) ; greffes technologiques pour pallier à nos déficiences (nous perdons jusqu’au sens de l’orientation et déléguons notre mémoire à des machines qui ignorent tout de nous) ; réseaux sociaux dérisoires vains et indigents censés faciliter, nourrir et enrichir les liens sociaux ; publicités, jeux et émissions de télé (réalité ?) stupides menés par des imbéciles pleins de fatuité qui nous font prendre les vessies pour des lanternes et les ténèbres pour la clarté. J’en passe.
Nous trichons, nous nous rengorgeons de nous découvrir si beaux et si intelligents dans nos miroirs déformants au tain menteur, nous nous abrutissons et nous nous abêtissons, nous caressant mutuellement dans le sens du poil.

Plus maîtres de nous, nous laissons s’élargir la faille que nous creusons entre nous et le réel, dédaignant ce qui ne nous rapporte pas d’intérêts et que nous jugeons n’avoir aucune valeur : bienséance, bienveillance, respect, désintéressement. Les vieux ne sont plus qu’un marché, comme n’en sont plus qu’un les arts, le sport, la littérature, la politique, les découvertes scientifiques, la médecine, l’éducation, l’instruction, la sauvegarde de la planète, la paix et bien évidemment la guerre.

Nous vendons notre âme au plus offrant, feignant de ne pas voir  le diable se frotter les mains.

Le réveil est brutal mais, nous référant à des façons de penser obsolètes, nos tentatives désespérées pour redresser la barre demeurent vaines. Par la faille qui s’est démesurément élargie s’engouffrent des hordes de sicaires dépositaires de La  Vérité. L’ultime vérité.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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