Parce que le jour tardait à poindre

Le jour tarde à poindre. Pas étonnant avec une nuit agitée au point que j’ai dû lui enfiler une camisole.
L’appentis. J’en sors la grande échelle qu’un pompier avait laissée en gage de cette amitié qui unit victime et sauveteur. Je m’étais enflammé à la suite de grosses chaleurs ; il m’avait sauvé.

Je déploie l’engin, cale les pieds contre une motte de terre, appuie le haut contre un morceau de ciel apparemment solide. Je grimpe. Serpette, faux, cisaille, sécateur et tronçonneuse en main (j’ai de grandes mains), je poursuis mon ascension. Mon crâne se heurte au ciel ; j’y laisse quelques cheveux. Un ciel de poisse sans fin, encore sous la coupe de la nuit.
Je l’attaque à la serpette. Une première découpe dans le gras laisse entrevoir un filet de clarté. À ce train là j’y serai encore à la tombée de la nuit lorsque les chiens, ilotes naufragés sur une Terre première, auront laissé place aux loups et laissé libre cours aux agissements de leurs maîtres.

Brmmmmb fait la tronçonneuse qui brombit. La précédente, achetée chez Bricofourbi, avait rendu l’âme de trop vrombir à tailler dans le vif du sujet.
Je coupe, découpe, arrache, laissant dégringoler des pans entiers de nuit poisseuse. J’y vois maintenant plus clair. Me reste un dernier gros morceau à déglinguer. Alors sera la lumière.
Je m’accroche ferme à l’échelle. Faux en main je fauche, prêchant le vrai d’où naîtra la clarté : je fends, déchire, ratiboise. Je sème mille lucioles, leur souffle au cul pour leurs braises attiser.
La dernière chape de nuit se détache, s’en va choir au sol où elle s’enfonce avant de disparaître. Je sens vibrer et osciller l’échelle. Qui soubresaute, sot engin, confiance naïve ! Je saute, je m’abîme. Suite à mes soins, le coaltar où je l’avais appuyée a disparu tandis qu’à ses pieds tout s’est délité.
Il fait grand jour. Le linceul des ténèbres m’enveloppe. Je m’y perds.

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A propos pierrevaissiere

On avait réussi à collecter une dizaine de mots qui parlent de l'olibrius qui écrit ces âneries, et voilà, ils se sont échappés. C'est pourtant pas faute de les avoir tenus en laisse.
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4 commentaires pour Parce que le jour tardait à poindre

  1. KanCKonYVa dit :

    Je suis passée me balLader par ici en mal de mot. Tellement agréable de lire et de découvrir au fil des pages cet univers.
    Merveilleux récits ici et là. Merci pour ca. Une bonne journée 🙂

  2. La Mite dit :

    Joli texte. poétique aussi. Bravo!

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